Enquête 2010-2012

Conclusions générales des recherches

11. Conclusions générales des recherches

 

À sa création, Handi-Capable ne compte que des membres de trente ans et moins.[i] C’est l’époque de la naissance des organismes de personnes handicapées physiques (p.h.p.), du téléphone à cadran, des lettres à la poste et des rencontres physiques organisées. Une quarantaine d’années plus tard, la fidélité des membres dirigeants à ces moyens de communication est demeurée à peu près immuable.[ii] Et la participation des jeunes à l’action organisationnelle est devenue rare. Ce constat est perceptible à tout observateur lors des rencontres chez les associations de personnes handicapées physiques de Sherbrooke. Les directions de ces associations, devant une réalité si visible, craignent une insuffisance de relève organisationnelle à moyen terme. Leurs missions sont menacées. Mais comment expliquer cette désaffection des jeunes et comment y remédier? Nous nous sommes demandés si les jeunes n’avaient pas adopté d’autres modes de communication et ne se rencontraient pas dans d’autres lieux que ceux où se tiennent les rencontres physiques (à portée de voix) longuement proposées par nos vieilles associations.

Notre recherche nous a fait voir que la grande majorité des répondants à notre questionnaire ont dépassé la quarantaine[iii]. En autant que ça leur est possible, tous et chacun de nos répondants fréquentent d’autres personnes handicapées physiques[iv]. Leurs rencontres se font surtout par le biais de regroupements associatifs[v] et moins fréquemment à domicile[vi]. Leur inscription à des regroupements associatifs de type caritatif sont très diversifiées[vii] et leur large fréquentation des autres associations de même type sans en être membres témoignent d’un intérêt marqué pour les structures organisationnelles[viii]. Mais nous n’y retraçons la présence de jeunes que de manière très aléatoire, selon un constat fait en nous rendant sur place.

Tous nos vingt-cinq (25) répondants ont pour langue d’usage le français, mais près de la moitié parlent et lisent l’anglais[ix].Auquel fait s’ajoutent huit autres langues parlées chez dix d’entre eux[x]. De plus, la majorité des répondants est de formation post-secondaire et la majorité de ces derniers détient un diplôme universitaire[xi]. Plus d’un sur deux poursuit des études[xii]. Ils ont presque tous accès à un ordinateur[xiii] et la plupart utilisent Internet[xiv], mais le clavardage, organisé par Handi-Capable, se limite à une séance par semaine[xv].

Malgré leurs grandes capacités à communiquer entre eux, nous constatons que, en dehors des rendez-vous physiques programmés (associations), la solitude est fréquente chez les répondants. Presque tous ne vivent pas avec un parent[xvi] et ils sont généralement célibataires (sans conjoint). Ils vivent le plus souvent seuls dans leurs logis[xvii].

Le portrait d’ensemble qui se dégage des réponses au questionnaire est complété par la deuxième partie de cette enquête[xviii] qui a porté essentiellement sur la communication électronique. Nous apprenons lors de nos démarches auprès de milliers de personnes que les personnes handicapées physiques appartenant à la tranche d’âge des moins de quarante ans (40-) communiquent en réseaux structurés et souples, de manière soutenue et, bien entendu, sans avoir à se déplacer. Ce, à partir d’un clavier d’ordinateur via un service Internet. Et plus avant dans cette portion d’enquête, nous observons que plus l’on est jeune, plus la communication s’intensifie, se personnalise et se diversifie pour s’affirmer comme un milieu de vie réel auquel participent les personnes handicapées physiques. Si communiquer c’est rompre la solitude, un très grand nombre de personnes handicapées physiques de moins de quarante ans (40-) le fait.

Tous sont témoins de l’évolution accélérée des moyens de communication. Mais n’y aurait-il que les plus jeunes qui participent à l’avenir de la nouvelle communication en y souscrivant pleinement? La première moitié de la population observée, les plus de quarante ans (40+), n’a pas pleinement souscrit à cette modernité. Chez les plus jeunes, cette nouvelle communication s’est substituée à l’habituelle formule de communication en des endroits physiques prédéterminés par des dirigeants d’associations qui ont vieilli.

La menace appréhendée d’un manque de relève découle de l’absence physique des plus jeunes dans les milieux associatifs. Nous sommes convaincus que cette absence tient essentiellement au clivage engendré par deux modes de communication qui s’ignorent largement. L’association, chère aux plus âgés, avec ses rendez-vous physiques structurés, d’une part, et, d’autre part, les réseaux électroniques de plus en plus dynamiques qui attirent les plus jeunes chez qui une part de la communication – des milliers de messages – passe par des moyens différents, non visibles à l’œil des aînés, non audibles et en dehors des salles de réunion. Nous sommes en présence d’une culture tributaire de la communication nouvelle. Elle semble n’appartenir qu’aux quarante ans et moins (40-) dont l’absence, dans les milieux associatifs, menace d’extinction les associations de personnes handicapées physiques. Pourtant, ils communiquent!

 

La capacité de s’adapter pleinement à la communication nouvelle des plus jeunes, à aller plus loin qu’utiliser l’électronique pour envoyer des lettres et des journaux en mode courriel est-elle présente chez les dirigeants? Il semble évident que le développement de cette compétence à s’inscrire dans la nouvelle communication est la seule issue qui s’offre aux organismes de personnes handicapées physiques qui désirent activement protéger leurs associations de la menace d’un manque de relève. Et c’est en ce sens que la direction de Handi-Capable a réorienté la partie de sa communication qui s’adresse aux quarante ans et moins (40-).



[i] Témoignages des aînés de Handi-Capable

[ii] Idem

[iii] Graphiques 3.5

[iv] Graphiques 4.3

[v] Graphiques 8.3

[vi] Idem

[vii] Graphique 8.1

[viii] Graphique 8.2

[ix] Graphiques 3.12 et 3.14

[x] Graphiques 3.15

[xi] Graphiques 9.1

[xii] Graphiques 9.2

[xiii] Graphiques 6.2

[xiv] Graphiques 6.3

[xv] Graphiques 6.7

[xvi] Graphiques 3.8

[xvii] Graphiques 3.3

[xviii] Lire les conclusions

Deuxième partie : l’autre communication

10. Deuxième partie : l’autre communication

 

Comme nous l’avons mentionné précédemment, notre échantillonnage de répondants ne contient pas suffisamment de sujets jeunes de moins de quarante ans (40-) pour en faire ressortir une statistique valable concernant ce groupe, spécifiquement. Nous pouvons affirmer que les répondants de plus de quarante ans (40+) socialisent très fortement par le biais des associations et non pas ceux de moins de quarante ans (40-). Par contre, rien n’indique si les deux groupes d’âges sont ou ne sont pas en communication significative par les moyens électroniques disponibles. Voici donc comment nous avons procédé pour répondre à notre question : Y a une communication entre les jeunes et leurs aînés par les moyens électroniques?

L’utilisation des réseaux sociaux (ici Facebook) semble à première vue présente chez les plus vieux. Après avoir enquêté, nous avons pu produire ces quatre (4) catégories :

– Ceux qui ne sont pas inscrits sur Facebook.

– Ceux qui sont inscrits sur Facebook, mais ne communiquent pas par ce média.

– Ceux qui sont inscrits sur Facebook que pour jouer des jeux de société.

– Ceux qui sont inscrits sur Facebook et l’utilisent.

Au départ, on observe que les personnes totalement absentes de Facebook sont celles de plus de soixante-dix ans (70+). Ce qui importe ici, est de trouver des jeunes en lien avec les plus âgés. Ce groupe s’élimine donc par défaut.

 

Méthode utilisée pour trouver les jeunes de moins de quarante ans (40-) en lien les quarante ans et plus (40+)

Nous avons utilisé la liste des membres du Conseil d’administration (C.A.) de Handi-Capable qui compte quinze (15) membres dont douze (12) ont plus de quarante ans. Pour chacun, nous avons considéré leurs amis sur Facebook, un à un, jusqu’à épuisement de chacune des listes personnelles d’amis de ces quinze (15) personnes.

Nous avons donc pris en compte de tous ceux et celles qui étaient inscrits comme ami de chaque membre du C.A. De ces amis, nous avons retenu toutes les personnes handicapées physiques pour en faire notre groupe d’étude.

C’est ainsi que nous avons confectionné une première liste d’amis handicapés physiques à partir des amis Facebook des membres du conseil d’administration de Handi-Capable.

 

A. Vérification de la présence du handicap physique

Nous avons ici retenu de toutes les personnes, celles qui sont handicapées physiques inscrites en relation avec les membres du C.A. (amis). Pour une plus grande précision dans le départage entre les personnes handicapées physiques et les personnes non handicapées physiques, lorsque celui-ci apparaissait incertain, nous avons examiné les photographies où elles apparaissaient et leurs correspondances écrites. Bref, sous certains profils non clairs, nous nous sommes assuré qu’il s’agissait effectivement de personnes handicapées physiques. Il nous est aussi apparu que certaines personnes ne désirent pas afficher qu’elles sont handicapées.

Ce fut une tâche extrêmement longue et laborieuse. Le nombre d’amis pour chaque membre du C.A. varie entre cent (100) et plus de huit cents (800). L’exercice nous mena à faire près de dix-huit mille (18 000) vérifications chez les amis.

C’est ainsi qu’à partir de cette liste d’amis Facebook, nous avons recensé tous les amis handicapés physiques des amis (« les amis des amis ») afin de savoir si ces personnes handicapées physiques forment un réseau d’échanges (de communication). Ce travail a coûté trois mois de travail constant.

En examinant le profil personnel de tous les amis en relation à l’intérieur du réseau handicapés-non handicapés, nous avons identifié leurs villes de résidence afin de nous assurer de bien départir les membres actifs (vivant dans la MRC de Sherbrooke) de Handi-Capable des membres sympathisants (vivant à l’extérieur de la MRC de Sherbrooke).

 

B. Les communications chez les personnes handicapées physiques

À partir de la filière des relations (amis des amis Facebook) des dirigeants de Handi-Capable ainsi confectionnée, il apparaît nettement qui est en relation avec qui, chaque fois qu’il en est.

Ainsi donc, à partir du répertoire des amis Facebook des membres du C.A., nous voyons qui est en relation avec d’autres personnes handicapées physiques et si l’ensemble forme un tout intégré de communication et qui y participe. Malgré une présence large et soutenue des jeunes nous avons pu établir avec certitude que ces jeunes de moins de quarante ans (40-) ne se trouvent pas en communication électronique intégrée avec nos membres de plus de quarante ans (40+). Autrement dit, les moins de quarante ans (40-) ne sont qu’exceptionnellement en relation avec leurs aînés sur Facebook et ce, de manière aléatoire parce que tout simplement leurs aînés ne communiquent pas. L’on ne trouve pas de trace d’une communication soutenue.

 

C. Communication chez les plus vieux (40+), chez les personnes handicapées physiques

La communication électronique des plus âgés est de type essentiellement épistolaire (lettre Internet vs courriel). Ils n’ont pas de correspondances soutenue ni une présence significative sur Facebook. Leur présence sur Facebook est marginale. Le contact avec les plus jeunes n’est pas signifiant. Il se résume à de simples inscriptions sur demande comme amis avec des plus jeunes qu’eux, mais sans communication. À la limite, ils peuvent lire les correspondances qu’ont les plus jeunes entre eux sans pour autant échanger.

 

D. Groupe de 40 à 70 ans et + chez les personnes handicapées physiques

La présence marginale Facebook (moins de dix (10) pour cent) des 40 à 70 ans est le fait de quelques communications brèves, sans soutenance et surtout sporadiques; avec leurs parents et amis de leurs âges. Certains y sont que pour profiter des jeux de société qu’offre ce média.

 

E. Groupe de 20 à 40 ans chez les personnes handicapées physiques

Le groupe Facebook de personnes des 20 à 40 ans est très diversifié à tous les égards. L’on communique avec ses amis, sa famille et aussi pour s’adonner à des jeux de société. Ce groupe passe ostensiblement plus de temps sur Facebook que devant la télévision.

 

F. Groupe de 13 à 20 ans chez les personnes handicapées physiques

Ce groupe des plus jeunes communiquent beaucoup avec leurs amis et famille. Ils se servent de Facebook pour prévoir des sorties, des rencontres et tout évènement qui touche à leur vie sociale.

C’est chez les jeunes que l’on retrouve le plus grand nombre d’amis en réseau. Ils sont très présents parmi les amis des amis. Ils sont à l’aise avec les moyens de communication et exposent une grande visibilité de leur personne. C’est tel un mode de vie, pourrait-on dire.

Les jeunes passent aussi et en plus beaucoup de temps sur Facebook pour les jeux et autres applications secondaires.

Ils aiment écouter et partager leur musique préférée, les vidéos humoristiques. Ils témoignent ouvertement de leurs humeurs, de leurs pensées et jusqu’à leur intimité. Les plus jeunes peuvent être considérés comme une collectivité réunie par ce média.

 

Conclusion

L’on observe aussi nettement que c’est parmi les jeunes de moins de quarante ans (40-) que se retrouvent les amis en communication sur Facebook. Autrement dit, ce sont des amis Facebook. Plus l’on est jeune et plus la communication par réseau social devient une réalité sociale de tous les instants. Et à la vue de la quantité des communications, la constance et le rythme de production de celles-ci, il est évident que les jeunes sont actifs là où ne le sont pas du tout ceux de la catégorie plus âgée qu’eux. (Ceux-ci, nous l’avons vu, socialisent par des rencontres associatives.) Il est clair que, la communication en ses moyens n’étant pas la même, les deux groupes n’échangent pas socialement. Le désintéressement de l’un envers les associations et de l’autre envers les médias sociaux en font deux groupes qui s’ignorent. Il y a clivage.

Éducation des répondants

9. Éducation des répondants

 

9.1 Degré de scolarité atteint

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Graphiques 9.1

Description :

Quinze (15) répondants bénéficient de formations post-secondaires. Le nombre d’universitaires se démarque.

 

9.2 Aux études

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Graphiques 9.2

Description :

Le désir actif de s’instruire davantage est surtout exprimé par les hommes.

Treize (13) répondants poursuivent leurs études, dont deux (2) femmes.

Environnement associatif des répondants

8. Environnement associatif des répondants

 

8.1 Inscription à des associations

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Graphique 8.1

Description :

Le groupe de répondants a une participation très diversifiée au monde associatif. Les répondants sont impliqués dans plus d’une trentaine d’organismes différents. Une personne peut être membre de plusieurs organismes.

Note : À l’étude des réponses au questionnaire, les jeunes sont peu présents dans les milieux associatifs.

 

8.2 Fréquentation des associations sans en être membre

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Graphique 8.2

Description :

Handi-Capable couvre un large éventail d’associations.

Note : Sans être inscrits comme membres, les répondants sont présents dans une large gamme d’associations. Les jeunes sont largement absents de ces associations.

 

8.3 Lieux de rencontres avec d’autres personnes handicapées physiques

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Graphiques 8.3

Description :

La lecture des réponses aux questionnaires indique que les répondants se visitent et se rencontrent à domicile. Ils se côtoient aussi dans différents organismes.

Note : Les jeunes se rencontrent peu dans les associations.

 

8.4 Communication avec d’autres personnes handicapées physiques

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Graphiques 8.4

Description :

Tous communiquent avec d’autres personnes handicapées physiques.

Note : À la lecture des réponses au questionnaire concernant la fréquentation, il apparaît que seuls trois répondants (40 +) ne fréquentent pas d’autres personnes handicapées physiques (Graphique 4.3). Ils sont en milieu rural, à l’extérieur du réseau des services de transport urbains pour personnes handicapées physiques (Graphique 3.1).

Environnement de travail des répondants

7. Environnement de travail des répondants

 

7.1 Activités de travail

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Graphique 7.1

Description :

Les membres interrogés sont très actifs. Leurs activités sont diversifiées et nombreuses. Chaque répondant s’adonne à plus d’une activité. Ils considèrent ces activités comme du travail, car elles exigent beaucoup d’énergie (personnes handicapées physiques).

 

7.2 Emploi à temps plein

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Graphiques 7.2

Description :

Trois (3) répondants ont un emploi à temps plein.

Note : Vingt-deux (22) répondants s’adonnent à divers projets.

 

7.3 Emploi à temps partiel

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Graphiques 7.3

Description :

Dix (10) répondants travaillent à temps partiel.

Note : Ce graphique nous dit que 40 % des répondants considèrent que l’emploi correspond à des efforts et s’inscrit dans des métiers et professions reconnues, alors que 100 % d’entre eux ont des activités de travail selon ses capacités.

 

7.4 Participation à des activités de travail

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Graphiques 7.4

Description :

Quatre-vingt-quatre pour cent (84 %) des répondants ont des activités de travail hors emploi.